La survie du logiciel libre passe-t-elle par l’abandon du « Stallmannisme » ? – Le Weblog de Frederic Bezies

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Je suis plutôt d’accord sur le contenu (moins sur le titre).

En fait, le monde du libre pourrait être tout autre. Dans un monde parfait, Windows serait libre. Ubuntu serait libre. Tous les pilotes, codecs, lib seraient libres.

On n’a pas besoin de beaucoup pour que ça arrive : juste de la volonté, et que quelqu’un appuies sur ce fichu bouton « libérer le code ! ». C’est tout.

Alors pourquoi, si c’est si simple, n’en sommes nous pas là ? Parce qu’il y a des enjeux économiques. Un programme libre peut générer des revenus, mais un programme fermé est souvent beaucoup plus rémunérateur : il est bien plus simple de se rendre indispensable auprès de ses clients quand on est le seul à pouvoir assurer le suivi, la maintenance et les mises à jours du produit que l’on a créé et mis sur le marché.

Voilà pourquoi tout n’est pas libre.

Est-ce un mal pour autant ? Je ne le pense pas.

Déjà, car obliger la liberté du code partout est contraire à la notion de liberté : où serait ma liberté de refuser ma liberté, dans un tel monde ?
Ensuite, car la présence de logiciels fermés n’empêche personne de faire du libre, que je sache (à l’exception de quelques brevets, mais c’est encore autre chose).

Il existe des OS libres pour ceux qui veulent. Il existe aussi du matériel libre. Ils sont moins nombreux, certes, mais ils sont là. Et personne ne nous empêche d’en créer si on veut.

Concernant le Stallmannisme, vous savez ce que j’en pense : je le vois comme une forme d’extrémisme contre-productive. Avoir un environnement numérique personnel 100 % libre, c’est (aujourd’hui) compliqué et cher et ça ne répond pas du tout au besoins du monde.

Pourtant il est nécessaire : sans lui, les logiciels fermés nous enfermeraient totalement et le marché serait dominé partout par de piètres programmes qui n’évolueraient plus (à quoi bon, quand on domine déjà le marché, de modifier ses produits ?).

C’est bien grâce au libre et ses petites parts de marché que le monde du logiciel avance dans son ensemble.

C’est bien parce que Linux est partout, parce que Webkit et Gecko sont apparus, parce que HTML & JS sont ouverts que le monde en est là où il est aujourd’hui. Ces projets n’étaient que des embryons de code au début : ils ont grandis parce qu’ils étaient bons, et ils ont pris le monde à revers parce qu’ils étaient meilleurs que ce qui se faisait par ailleurs (souvent en non-libre).

Le Stallmannisme ne fait pas avancer le logiciel libre vers l’utilisateur : personne n’a envie vivre dans une grotte, enfermé dans leur liberté plutôt que profiter d’une technologie capable de beaucoup plus même si elle n’est pas libre.

En revanche, ce mouvement produit parfois du bon code, et ce code là fait avancer toute l’industrie du code (fermé et ouvert) qui à son tour profite à tout le monde.
À l’heure où chaque pôle du monde du logiciel est dominé par un seul acteur (Google domaine le Web, Facebook domaine le social, Microsoft domine les OS desktop…), ce sont les petits acteurs, généralement libres pour attirer des dév et donc des utilisateurs, qui les poussent vers l’avant. Je ne suis pas sûr si ceci serait possible si ces petits acteurs n’avaient pas été libres.