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Infiltrer Amazon. Ce que j’ai appris en m’infiltrant chez le géant des entreprises. -

Mouais.

Mouais parce que (je l’ai déjà dit) c’est pas différent d’autres chaînes, historiques et mainstream.

Quand j’étais aux P-B, j’ai fait le même boulot, mais pour une chaîne de magasins très connue là-bas. Ce n’est pas Hema (qui est hollandais, et dont on connaît les implantations en France, et le style un peu Gifi, ou Noz : bordélique et pas cher), mais le même genre.

Les entretiens d’embauches qui n’ont rien avoir avec un entretien ? Check.
Les entrepôts immenses et très organisés ? Check.
La « compétition » entre les CDI et les Intérim ? Check.
Le flicage des managers qui observaient depuis leur « tour de contrôle » ? Check.
Le fait d’être appelé le soir pour le lendemain, ou d’avoir un SMS disant qu’on devra rester chez nous (faute de demande) ? Check.
Le fait d’être appelé le matin pour commencer à 09h au lieu de 14h, jusqu’à 22h, et, le même soir, qu’on nous fait savoir que c’est pas très pro de pas vouloir rester jusqu’à 01h ? Check.

C’était y a 10 ans. La technologie n’était (mine de rien) pas la même qu’Amazon en 2021.

L’entrepôt était divisé en sections et très bien organisé : le déchargement des camions, le transvasement des palettes camion vers les boîtes "maison", l’emballage "maison", le rangement dans les allées où les produis étaient finalement ramassés pour les colis "client".

On n’avait pas de tablettes tactiles, mais des oreillettes qui nous disait quelle allée aller (imaginez les allées d’un IKEA, là où on ramasse les gros colis ; ou tout simplement un supermarché), quel section s’arrêter, quel produit attraper, et combien en mettre dans le chariot. Valider le nombre, puis quelle allée aller ensuite. Le tout 140 fois en une heure.

La seule chose que j’ai retenu, c’est que les allées étaient nommées avec l’alphabet radio de l’OTAN (alpha, bravo, charlie, delta, echo…). J’ai retenu cet alphabet comme ça.

Bien-sûr, l’oreillette était reliée aux managers qui pouvaient voir quelle commande nous était attribuée, et aussi voir à quelle vitesse nous prenions les colis.
De façon hebdomadaire, nous avions un entretien de 30-40 secondes avec le manager qui venait nous retrouver dans les allées et nous dire que 140 colis/heure c’était pas mal, mais qu’aller un peu plus vite ça serait bien (on se doute bien qu’ils ne nous diraient pas d’aller moins vite).

Tout était très organisé : les premiers colis étaient les gros trucs (pack d’eau), puis les trucs solides (cahiers, papier), puis les trucs un peu plus fragiles (bouteilles de shampoing), et enfin, à la fin, les petits trucs (boîtes de médicaments, ou petits objets).
Ça permettait à ce que les chariots soient remplis de façon stable et solides. C’était un exercice : tout le monde n’y arrivait pas. Il arrivait que certains renversaient leur chariots.

Parfois on faisait aussi des commandes « inspection » (mais on ne le savait pas) : des commandes destinées à s’assurer que le travailleur était fiable. La commande était envoyée vers les managers et ils recomptaient le contenu.

Dans ces conditions, on pouvait se demander comment des gens pouvaient venir travailler là-bas ?
C’est simple : le salaire. Perso j’étais à 1,25 SMIC (hollandais) environ, ce qui n’est pas rien. Ça et le fait qu’ils prenaient tout le monde, de l’étudiant à l’immigré, du retraité à celui dont l’entreprise précédente venait de le licencier. Ou moi, hollandais, mais diplômé de France sans reconnaissance là-bas.

~

Bref, tout ça pour dire quoi, si ce n’est paraphraser l’article ?

Que Amazon n’est pas le seul.
Que n’importe quel chaîne de magasins fait la même chose, à quelque chose près.

Que taper sur Amazon, c’est joli, mais dans ce cas faut aussi taper sur Gifi, Aldi, Lidl, Carrefour, E.Leclerc, Casino… et tous les autres.

Mais on ne le fait pas, car c’est pas le méchant Amérique.

Oui, Amazon pousse le principe jusqu’à son paroxisme. Mais quand je vois ce qui est dit dans l’article : un salaire à 13 €/heure (donc 2 000 € brut), des bons d’achat, des mutuelles santé conséquentes, et le fait qu’ils embauchent des gens dont personne d’autre ne veut…

… j’ai envie de dire à Carrefour et E.Leclerc : chiche de faire pareil !
Eux leurs salaires de base ne dépassent que rarement le Smic (comme tout les postes en début de chaîne industrielle, partout dans l’industrie).

Chacun sa vie, et son avis, hein. Mais entre choisir un poste "de base" chez E.Leclerc et chez Amazon, le choix est vite fait.

Je le redis : tout le monde ne parle que d’Amazon parce que c’est à la mode de taper sur Amazon.
Si vous pensez que c’est différent ailleurs, vous avez raison : c’est différent. Le salaire y est plus bas.

Bref, voilà pourquoi je m’en fiche de commander sur Amazon. Parce que là ou ailleurs, c’est pareil. Mais comme Amazon est le seul avec un SAV digne de ce nom, et un catalogue digne de ce nom, et un service livraison digne de ce nom aussi, ben encore une fois : le choix est vite fait.

Lien via : https://sebsauvage.net/links/?O75t6g

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