Capture d’écran d’un tweet sur le Lutécium

Je suis tombé sur ce tweet qui traite d’un sujet récurent à propos des voitures électriques : les métaux rares utilisés :

Capture d’écran d’un tweet sur le Lutécium
(tweet)

L’ironie ici, c’est qu’il souligne la pollution engendrée par le lutécium pour dénoncer les EV, quand ce métal est utilisé dans les raffineries pétrolières et que les batteries d’EV contiennent 0 % de terres rares.

C’est savoureux, non ?

Précisons tout de même quelques trucs.

Origine du poste

Son tweet est une capture d’écran d’un petit paragraphe sur le lutécium paru dans un numéro de Charlie Hebdo et dédié à descendre les voitures électriques et paru le 1er Juin 2022.
Cet article est à charge et ce passage est complètement faux (le reste de l’article, je n’ai pas lu).

En effet, l’auteur se trompe ou ment : le lutécium n’est pas utilisé dans les EV, et encore moins dans les batteries des EV. Batteries qui ne contiennent d’ailleurs aucune terre-rare.

Les « terres-rares »

Les terres-rares, ce sont les éléments chimiques de la ligne des lanthanides sur le tableau périodique : la deuxième ligne en partant du bas, qui débute par le lanthane — d’où leur nom :

Le tableau périodique avec la mise en évidence des terres rares.
Les terres rares, en jaune et bleu. (source)

Le néodyme ou le samarium font partie des terres rares. Ces deux éléments, parmi d’autres sont utilisés dans les EV, mais pas dans la batterie comme on l’entend souvent.

Ils sont utilisés dans les moteurs : on les utilise dans les aimants qu’ils renferment. De façon générale, tous les aimants durs en contiennent : donc aussi bien ceux des disques durs d’ordinateur, que certains aimants de hauts parleurs, que les aimants pour ramasser les boules à la pétanque… Les terres rares ne sont donc pas du tout quelque chose de spécifique aux voitures électriques.

Mieux : certaines voitures électriques n’utilisent pas du tout d’aimants dans leurs moteurs.

C’est le cas de la Renault Zoé et Mégane E-Tech, certaines Tesla (tous les Roadsters, certains S, 3, X, Y), l’Audi e-Tron, la BMW iX3, iX, I5, la Smart EQ, la Mercedes EQC… Excusez du peu.

C’est souvent un choix délibéré des constructeurs pour s’en passer, car le principal producteur de néodyme est la Chine, qui limite fortement les exportations pour son propre marché. Aussi, si ces métaux ne sont pas rares, ils ne sont pas communs non plus et restent cher, car la demande est forte.

Le lutécium : 0 % dans les voitures électriques

Si l’on revient au lutécium : c’est le moins commun des lanthanides (excluant le prométhium, qui est sans isotope stable et quasi-innexistant à l’état naturel). Ses applications sont vraiment très limitées, et en aucun cas on ne l’utilise dans les EV.

Une de ses applications est plutôt le craquage d’hydrocarbures dans les raffineries pétrolières. D’où l’ironie initiale qui m’a fait rire : les pétrole, c’est pour les voitures thermiques, pas les EV.

Les voitures thermiques contiennent des éléments encore plus rares que le lutécium

Enfin, le lutécium se trouve à 0,5 ppm (0,5 parties par million) dans la croûte terrestre.

C’est du même ordre de rareté que l’argent (0,1 ppm), que l’on va jusqu’à mettre dans les confiseries (additif E174) ou qu’on tire en l’air pour faire pleuvoir (ensemencement des nuages).

L’argent ne court pas les rues, mais on se permet de l’utiliser pour décorer nos gâteaux d’anniversaires avec, donc bon.

Plus ironique encore : le platine (0,001 ppm) ou le palladium (0,0006 ppm) sont autant sinon plus rares que l’or (0,001 ppm). Ils sont 100 fois plus rare que le lutécium et sont utilisés… dans les voitures thermiques, au sein des pots d’échappements catalytiques… d’où ils sortent et se retrouvent dans la nature et où ils ne font rien de bien.

Et un pot d’échappement, vous pouvez toujours chercher, il n’y a en a pas sur les voitures électriques.
Les voitures à hydrogène en ont un, mais c’est juste un pot, sans catalyseur, donc sans platine ni palladium.

Conclusion

Le lutécium n’a donc rien à faire dans un article sur les EV, et encore moins sur les batteries.

Faut arrêter.


Pour ma part, je suis de façon très attentive les questions liées à la pollution liée aux EV. Et sur ce point de vu là, il n’y a pas besoin de fabuler à propos du lutécium : il y en a bien assez de pollutions bien réelles liées aux voitures électriques dont on pourrait parler avant d’avoir à faire du #FUD.

Car non, je n’ai jamais dit que ça ne polluait pas : la pollution est juste très différente. À la fois des voitures thermiques, et de ce que la majorité des gens pensent, veulent penser, ou que sont poussés à penser par des journaux quelconques dont la rédaction ne fait pas son travail ou a pour ordre de raconter n’importe quoi histoire de plaire au sponsors ou aux réactionnaires de tout bord.

Les sources :


Édit : il semble que cet extrait foireux sont issu d’un numéro de Charlie Hebdo (et ) effectivement destiné à descendre la voiture électrique (Merci Xavier pour l’info).