Ceci est un court commentaire à cet article de Le Greg : Nous sommes en train de tuer internet.
L’article dresse un petit état des lieux du web actuel : ce qui était il y a encore 10~15 ans un monde horizontal, où chacun était au même niveau de hiérarchie, est maintenant remplacé par un web « machine à statistiques », où le monde vénère ceux qui ont le plus de followers/abonnés/likes et où la quantité de lecteurs a remplacé la qualité de la lecture, le tout pour une question d’annonceurs, d’argent et d’égo.

Et ceci n’est pas le plus grave : après tout, tout le monde est libre de vivre sa vie comme il l’entend, que ce soit vivre ses rêves ou rêver de la vie des autres, mais les outils qui sont mis en avant et à disposition des internautes favorisent tous un seul de ces deux choix :

Twitter affiche moins de publicités aux stars qu’aux autres utilisateurs. Facebook donne des outils supplémentaires aux utilisateurs dont le compte a été vérifié. Nous arrivons à un internet à deux niveaux : l’un pour les nantis, l’autre pour le reste du monde.

Si je suis d’accord sur le constat et l’analyse qui en est fait, c’est la conclusion (et le titre) qui me semblent à modérer un peu : je ne pense pas que l’on soit en train de tuer le net (ou le web, plutôt).

Déjà, ce dernier peut s’étendre à l’infini : il y a donc de la place pour tout le monde, y compris les réseaux sociaux. Et ensuite, le web n’est-il pas ce que les internautes en font ? N’est-il pas l’un des seuls outils véritablement démocratique que nous avons, et à ce titre ne devons nous pas accepter que tout le monde le façonne tel qu’il le veut ? C’est la liberté de faire ce qu’on veut avec ce qu’on a. En plus de ça, que le réseau de Mark Zuckerberg prend des proportions démesurées ne nuit pas à ceux qui s’en fichent, que je sache.

Je pense que le net est plus vivant qu’il ne l’a jamais été :

  • Il n’a jamais été aussi simple de commander un service d’hébergement et d’installer un moteur de blog ou une suite web.
  • Il n’a jamais été aussi simple de se mettre à l’auto-hébergement : on peut transformer son vieux téléphone en serveur à domicile ou installer un mini-serveur (comme un Raspberry-Pi à 20 € et consommant que dalle en énergie), surtout quand la bande passant — quoi que moisie en upload la plupart du temps — est illimité (en tout cas en France).
  • Il n’a jamais été aussi simple de se mettre à écrire, filmer, photographier, dessiner, coder, enseigner, apprendre, expliquer, rechercher et publier ce qu’on veut en ligne.

Le seul truc est que les réseaux sociaux géants n’existaient pas il y a 15 ans, alors qu’aujourd’hui tout le monde ne voir plus que ça.
Du coup, le « net de l’époque » est de moins en moins visible aux non initiés, mais il est toujours là et il le sera tant qu’il y aura quelqu’un en dehors des Facebook, Youtube et autres, et il y a de plus en plus de monde.
Le web ne sera donc pas tué par les Gafam (Google-Apple-Facebook-Amazon-Microsoft), ni par personne. Faire un site web sera toujours possible.

Il s’agit simplement de faire attention : on fait de plus en plus souvent sous-traiter les données par les Gafam. Ceci passe par le délaissement du RSS au profit de l’abonnement sur Twitter, le délaissement des commentaires au profit des discussion sur Facebook, le délaissement des images/vidéos en local pour des scripts d’intégration Instagram/Youtube.

Ça ne tue pas le web et la liberté de parler, et de créer : ça tue le côté social et c’est dangereux. Car plutôt que se rendre des visite virtuelles les uns chez les autres, on préfère tous se retrouver dehors sur un réseau social impersonnel, stérile et encadré (et qui plus est, non plus pour parler des idées mais pour parler des personnes). Quant au côté dangereux : vous construiriez une maison autour en vous appuyant sur un mur posé là par un voisin ? Avec le risque que ce dernier le démolisse quand il en a envie ? De même, sur un site web, il est « suicidaire » de compter sur les services externes pour fonctionner. S’en servir, aucun problème. Mais en dépendre, non.

(PS : tout comme dans l’article initial, je laisse de côté tout ce qui concerne la censure, l’oppression gouvernementale, et ce qui relève de la vie privée, comme les trackers, cookies tiers et autres).

3 commentaires

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Jojo a dit :
Je suis pas vraiment d'accord pour dire qu'il y a de plus en plus de monde en dehors des facebook/twitter/youtube. Et Verisign n'est pas un indicateur valable pour affirmer ça. Des milliers et des milliers de sites ne sont que des sites "parkings" entre ceux qui sont enregistrés dans l'espoir de monétiser le ndd, les sites flat design vitrines dont le seul but est de linker des twitter/facebook officels, les sites de pub/spam, les ndd gratuits ou achetés à la chaine dont le seul but est d'optimiser le référencement SEO d'autres sites...

Non j'ai vraiment l'impression que le nombre de sites utiles est en diminution.
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jefaispeuralafoule a dit :
Faire un site web sera toujours possible... rien que cet esprit me semble quelque peu délicat, au titre que l'immense majorité des utilisateurs de la toile n'est PAS développeur, et que ces utilisateurs se foutent complètement du "comment" du moment qu'ils obtiennent un résultat (blogs notamment).

Dans les faits: le "c'était mieux avant" est malhonnête car je ne vois pas en quoi cela se révélait mieux ou pire. On avait tout autant de sites poubelle, et à l'époque au lieu d'avoir des vidéos linkés depuis youtube on avait des étalages saugrenus de couleurs et de gifs à la con.

Prendre l'argument des Pi et autres produits "open" n'est en rien un bon principe. Le bidouillage techno n'est pas nouveau, loin de là. De la même manière que Mme Michu n'ira pas se cogner un dev pour se faire "son" coin de web, elle n'ira pas bidouiller un pi pour avoir "sa" plateforme technique personnelle. C'est là qu'il faut revenir sur terre et considérer que l'immense majorité des utilisateurs ne sont et ne seront jamais des techniques, mais bien des consommateurs de service.

FB, youtube et consoeurs font leur succès et leur richesse sur ce principe, et croire que cela peut changer est un fantasme. Le déploiement et l'accès à la toile doivent énormément à l'hégémonie de MS, tout comme aujourd'hui l'accès aux informations est dû à Google à travers son moteur de recherche (à tel point que cela en est devenu un verbe en anglais avec la réplique culte du "Don't Google that Moss!" dans IT crowd).

Pour moi le net est "moins vivant" pour certains aspects, parce qu'il s'est démocratisé. Tant que la toile se réservait à "des gens qui savent", et qu'il était cher de se mettre dessus, il y avait forcément une restriction de la population, et un côté plus "renseigné". Quand la démocratisation des moyens est arrivée, forcément le niveau global de qualité s'en est ressenti. C'est strictement le même principe que pour l'automobile: un engin luxueux pour nanti devenu un outil ordinaire pour tout le monde.

Au final, il y a selon moi du vrai et du faux tant dans la source qu'ici même
- Non le net ne dépérit pas, il change, et ces changements ne plaisent pas forcément
- Non ce n'est ni l'open source, ni tous les homebrews qui vont réviser son évolution
- C'est bien à travers les services tentaculaires des mega entreprises qu'on accède aujourd'hui à des services "pseudos" gratuits
- Non le côté social n'est pas en danger, il est simplement différent et encore mal maîtrisé par la majorité.

A chaque changement social fort, il y a eu une phase de transition entre le passéisme réac et l'adoption ordinaire. C'est aussi vieux que le monde, et le net n'est que le vecteur, pas l'origine. C'est typiquement le cas de l'accès à l'éducation des enfants qui, contrairement à leurs parents, se mirent à lire. Cela a été perçu comme une menace... et aujourd'hui les mêmes tyrans se foutent de voir que les mômes peuvent lire, parce qu'ils obtiennent malgré tout ce qu'ils veulent à savoir une domination (politique et/ou économique).
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Le Web a dit :
Il n’a jamais été aussi simple de commander un service d’hébergement et d’installer un moteur de blog ou une suite web.

En effet, mais pour Mme Michu, c'est souvent quelque chose de totalement « ésotérique » qui fait rêver/peur le plus souvent. Les FSI (Orange, Free, SFR, etc.) proposent des pages perso faciles d'accès, mais qui sont souvent non supportées officiellement... C'est dommage.
Il n’a jamais été aussi simple de se mettre à l’auto-hébergement : on peut transformer son vieux téléphone en serveur à domicile ou installer un mini-serveur (comme un Raspberry-Pi à 20 € et consommant que dalle en énergie), surtout quand la bande passant — quoi que moisie en upload la plupart du temps — est illimité (en tout cas en France).

Mais il a peu de cours d'informatique à l'école ou l'université... Je me souviens de mon premier cours d'informatique dans une fac de lettre : Qui sait ce qu'est un clavier et une souris... No comment !
Il n’a jamais été aussi simple de se mettre à écrire, filmer, photographier, dessiner, coder, enseigner, apprendre, expliquer, rechercher et publier ce qu’on veut en ligne.

Certes, mais les outils les plus intégré et facile à utiliser sont justement ceux des GAFAM, Dropbox... Il y a pourtant des outils simples et facile d'accès, mais qui demande de les maintenir, de les tester, etc. Ce que bcp de gens ne veulent/peuvent/connaissent pas.

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