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En discutant avec des collégiens, j’en suis arrivé à parler des cours et des programmes, dont évidemment les TP de sciences.
J’ai été littéralement outré de savoir que certains n’en avaient pratiquement plus.

Peut-être imaginez-vous que faire de la science peut se faire avec juste une calculatrice, un crayon et un papier, mais non. Les sciences physiques, comme la peinture, la biologie ou les langues doivent venir avec la pratique.
Vous imaginez, vous, un cours de sport sans faire sport, uniquement avec un prof qui dicte les règles du jeu et les élèves qui copient ? Avec ça ils sont censés devenir des sportifs de haut niveau. Désolé, mais ça ne marche pas comme ça.
Et ben ce qu’ils font en physique, c’est exactement la même chose. La physique est une science expérimentale, et bordel, le programme de collège est pourtant assez simple à porter en TP : loi d’Ohm, réfraction de la lumière, dissection d’une lampe, combustion du charbon, Sérieux ! Je comprend qu’on n’utilise pas des spectroscopes à infra-rouge de 35'000€ au collège, mais le reste… J’ai eu la chance d’avoir pu manipuler le bec bunsen. Actuellement c’est interdit car trop dangereux. Merde, c’est moins dangereux que votre gazinère à la maison.

Je remarque que mon indignation rejoint un peu celle des auteurs de ces vidéos : Problems with High School Physics Open Letter to the President: Physics Education, qui dénoncent une baisse générale des niveaux de sciences et surtout l’arrêt du programme à la physique classique, laissant au passage de côté toute les découvertes faites les 150 dernières années, donc les découvertes qui ont actuellement le plus d’applications…

Fuuuuuuuuuuu.

Pour compléter, je me permet ici de comparer les explications sur l’une des premières relations mathématiques mises sur un problème physique apprise au collège, la Loi d’Ohm.
La première explication est celle donnée par un manuel de physique de collège datant de 2008, la seconde est issue d’un bouquin cent ans plus vieux, sorti en 1908 et à destination des candidats de ce qui deviendra plus tard l’ENSAM (école nationale supérieure des arts et métiers), donc a un niveau bien plus élevé que le collège.

Extrait d’un manuel de Collège actuel :

La loi d’Ohm
Dans un circuit électrique, si l’on modifie la tension du générateur, l’intensité du courant varie aussi. Tension et intensité sont des grandeurs bien distinctes mais clairement liées l’une à l’autre.
Nous savons aussi que la résistance des dipôles régule l’intensité du courant.
Existe-t-il une relation mathématique simple entre tension, résistance et intensité ?

1 Caractéristique d’un dipôle
Observations et interprétation : on réalise le montage (fig1 [ndla : résistor+voltmètre, générateur, ampèremètre en série]) et on fait varier la tension du générateur.
On trace le graphique (fig2 [ndla : on voit une droit passant par l’origine]) en reportant les valeurs de la tension U en ordonnée et celles de l’intensité en abscisses.
Le voltmètre mesure la tension U au bornes du dipôle. L’ampèremètre mesure l’intensité I qui la traverse.

Conclusion : La caractéristique d’un dipôle est le graphique représentant les variations de la tension U entre ses bornes en fonction de l’intensité I du courant qui la traverse.
Dans le cas d’un résistor, la caractéristique est une droite qui passe par l’origine.

2 La loi d’Ohm
Observations et interprétation : on trace les caractéristiques des trois résistors à partir des résultats de mesure (fig3 [ndla : trois tableaux de mesures de U, I et U/I pour trois résistors différents]). Ce sont des droites qui passent par l’origine (fig4 [ndla : les 3 caractéristiques sont tracées]) : les variations de U et de I sont donc proportionnelles.
Dans les trois cas, le quotient U/I est pratiquement constant et égal à la valeur de la résistance.

On peut donc écrire U/I = R ; ou encore U = R × I : c’est la loi d’Ohm.

Conclusion : Énoncé de la loi d’Ohm : la tension U aux bornes d’un dipôle ohmique de résistance R et l’intensité I du courant qui la traverse vérifient la formule U = R × I.
Avec U en volt (V), R en ohm (Ω), I en Ampère (A).

Extrait d’un texte datant d’un siècle :

c. Résistance. — Tous les métaux ne se laissent pas également traverser par le courant électrique ; ainsi, des fils de même section droite, mais de densités différentes, ne laissent pas passer la même quantité d’électricité, dans le même temps, à travers leur section droite : on dit qu’ils sont inégalement conducteurs. ou inégalement résistants au passage du courant. L’unité pratique de résistance est l’ohm (du nom du physicien qui a étudié les résistances des conducteurs) : c’est la résistance opposée au passage du courant par une colonne de mercure de 106 centimètres de long et de 1 millimètre carré de section droire, à la température de 0° ; ou la résistance d’un fil de cuivre rouge électrolytique de 48 mètres de long et de 1 millimètre de diamètre. On la désigne par la lettre R dans les formules.

Formule d’Ohm (Relation entre les constantes du courant [ndla : les constantes du courant sont définies un peu avant, ce sont l’intensité, la force électromotrice et la résistance]). — Le physicien allemand Ohm a trouvé, par l’expérience, la relation qui lie les trois constantes du courant qui circule dans un fil donné. — Elles est exprimée par la formule suivante : I=E/R, dite formule d’Ohm.

Résistance. — La résistance R d’un fil conducteur peut être donnée par la formule R=rl/s ; dans laquelle l est la longueur, s la section droite du fil et r une constante qui dépend de la nature du fil.
Quand : l=1, et s=1, on a r=R : c’est la résistance d’un fil de longueur et de section droite égales à l’unité : on donne à r le nom de résistance spécifique du fil ; l est exprimée généralement en mètres et s en millimètres carrés.
L’expérience montre que la résistance spécifique r varie d’un métal à l’autre ; elle est plus grande pour les alliages que pour les métaux purs.

Outre les différences dans les mots employés, je trouve le bouquin actuel trop simplifié. Il est peut-être assorti de graphiques et de tableaux, mais les explications manquent cruellement.
Le bouquin actuel limite la résistance comme un quotient arbitraire de la tension divisé par l’intensité, un truc de math sorti du non-être.
Le vieux livre n’a peut-être pas de tableaux et de graphiques pour cet exemple, mais au moins il explique d’où sort la loi d’Ohm et ce qu’elle représente vraiment : une relation entre des grandeurs, et non pas le résultat d’un calcul.
En plus, je trouvent très clair la définition pratique de la résistance électrique : « Tous les métaux ne se laissent pas également traverser par le courant électrique ; on dit qu’ils sont inégalement résistants au passage du courant »

Et un grand merci à P’tit Louis, pour m’avoir scané et envoyé les pages de son bouquin de physique :-)