Alors qu’avant l’espace n’était pas privatisable par quelque État que ce soit (selon divers traités), maintenant il va explicitement devenir possible pour des entreprises d’aller dans l’espace et de miner les astéroïdes ou les autres ressources qui s’y trouvent.

Déjà, contrairement à ce qui semble dit, l’espace n’est pas privatisé, ce sont les ressources minières qui peuvent être exploitées. Exactement comme les océans en fait : l’océan n’est à personne, mais si j’y pêche un poisson, il est à moi.

Alors si ça vous gêne qu’une entreprise puisse récupérer l’or et le platine se trouvant entre les orbites de Mars et Jupiter (à 500 000 000 km d’ici), ok.
Mais alors expliquez moi pourquoi ça ne gêne personne que les océans (n’appartenant à personne) puissent être exploités de la même façon ? Idem pour l’eau. Idem pour l’air (la société Air Liquide vous vend des bouteilles remplies avec de l’air ou d’autres gaz : argon, CO2, hélium…) ou le vent. Idem pour le pétrole. Idem pour des cailloux.
Si on veut rester logique, ça ne devrait pas gêner plus que les frontières à nos pays ou les barrières autour de notre jardin, non plus. Ça c’est une chose et ce n’est même pas le vrai soucis.


Il y a d’autres choses. Il est clair, aujourd’hui, que les gouvernements ne veulent plus se lancer dans les conquêtes spatiales : les budgets diminuent, les projets sont abandonnés, le public y voit un désintérêt (qui n’a pas lieu d’être pourtant) avec l’excuse faussée du coût (alors que la Nasa en 50 ans a reçu moins que l’Armée US en 2014).

Alors pourquoi ne pas laisser les entreprises et quelques autres milliardaires créer une économie basée sur les ressources de l’Univers : déjà ça va faire avancer la recherche et la technologie, et ça va générer des emplois (il semble que tout le monde n’ait que ça à la bouche) et enfin, les ressources minières rapportées sur Terre vont permettre de créer de nouvelles choses.
Si les États n’en veulent pas, que les gens n’en veulent pas (« trop de problèmes sur Terre pour fouiller dans l’espace », selon certains), pourquoi refuser à quelques entrepreneurs le droit d’y aller ? Ça n’a aucun sens.

Un astéroïde rempli d’or — et il y en a — qui va être miné et dont l’or sera rapporté sur Terre va rendre cet or bien plus abondant pour l’industrie, et de nouvelles applications vont naître (pensez à l’aluminium : en 1850, il était plus rare et précieux que le platine ; aujourd’hui, on s’en sert pour protéger nos sandwich, alléger les voitures et faire des cannettes de soda).
Oui, il est certain qu’à cause de ça, le cours de l’or va s’effondrer (c’est pour ça qu’il me semble une très mauvaise idée de placer son capital dans de l’or aujourd’hui), mais vu les nouvelles applications qui vont naître, il va également remonter après.
La richesse n’est alors pas le prix de l’or qu’on possède, mais ce qu’on va en faire : une batterie qui tient 3 mois et se charge en cinq minutes ? Un système pour produire de l’eau douce pour tout le monde ? À vous de trouver les applications : la rareté n’est pas un problème, quand l’or se vend au même prix que l’acier. C’est une des raisons qui fait que l’or n’est qu’un bijou de nos jours et qu’on n’en fait pas autre chose, comme des casseroles ou des presse-papier.


Enfin, il faut faire face à des pénuries sur Terre : certains métaux ou éléments utilisés dans la vie de tous les jours (lithium, néodyme, samarium, indium — ces deux derniers ne faisant pas partie des « terres rares » pour rien) sont de plus en plus rares car exploitées à fond pour l’électronique. On peut toujours se passer des smartphones quand il n’y aura plus rien pour les faire, mais est-ce vraiment ce que vous voulez ?
Je parle de métaux rares ou de lithium, mais il en va de même pour l’énergie : la Lune contient par exemple de l’hélium 3, qui pourrait être utilisée dans des centrales à fusion, propres.
Rester sur Terre devient vite limité : la preuve : on se fait la guerre pour des dinosaures décomposés enfouis dans le sol, alors que de l’énergie on en a plus dans l’espace qu’on ne pourra jamais en consommer… Il suffit de lever la tête plutôt que regarder le sol.

Que ce soient des entreprises privées qui s’en chargent, c’est normal aussi : la Nasa et l’Esa ne sont pas là pour faire du profit. Ils sont là pour repousser les frontières du possible, justement pour relancer l’économie et montrer aux investisseurs qu’il y a un potentiel économique à prendre. Ce sont ces agences qui prennent les risques — financiers et humain — pour envoyer des hommes sur la Lune ou pour faire atterrir un engin sur une astéroïde ou une comète. Ce sont eux qui montrent que c’est possible. Après seulement, les entreprises privées se lancent et font en sorte de rentabiliser tout ça, pour eux et pour le consommateur. C’est de cette façon que l’économie de la recherche et ici de l’exploration spatiale fonctionne.

Après tout, la découverte de l’Amérique il y a 500 ans ne s’est pas faite tout seule non plus : c’est le gouvernement Espagnol qui a lancé Colomb sur les mers.
Et si elle s’était faite sans intérêt, le retour sur l’investissement a été énorme : ils ont rapporté des Amériques tout ce qui est cacao, tomates, pomme de terre. Et aujourd’hui, grâce à l’investissement et le risque initial pris par le gouvernement, ce sont des entreprises privées qui font fonctionner l’économie du chocolat, du ketchup ou de la frite et de la purée.

De ce point de vu là, la recherche est très lucrative de façon indirecte : pour la conquête spatiale, chaque dollar investi par la Nasa a permit d’en générer trois. Pour le Cern et d’autres projets similaires, la rentabilité est encore plus grande (le Cern a par exemple inventé le world wide web et sans lui, toute l’économie qui en découle ne serait pas là).

La privatisation des ressources spatiales n’est donc pas un problème à mes yeux : c’est pas si quelqu’un déclarait que telle ou telle astéroïde était à lui. Non, ce sont les minerais qu’il va extraire qui lui appartiennent. Exactement comme on fait sur Terre avec n’importe quelle ressource. Ce qui se passera avec l’espace, c’est ce qui a déjà lieu sur Terre.
Oui il y aura des billionnaires à la tête des entreprises qui ont des mines dans l’espace. Mais est-ce un problème si ces gens payent des impôts ? Le seul problème que je vois, c’est si tous ces billionnaires sont aux USA et pas ici, parce qu’on aura été trop peu réactif pour ne pas les suivre (comme le numérique en France).

Alors si vous voulez partager l’espace et les choses qu’il est actuellement impossible à utiliser, ok. Mais restez cohérent et logiques et commencez par appliquer le même esprit de partage et d’humanité ici sur Terre.

15 commentaires

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Le Hollandais Volant a dit :

Juste pour ajouter un truc que je n’ai pas voulu aborder dans l’article car étant quelque chose de totalement à part : que ce soient les USA qui ont décidé tout ça tout seul, bah c’est pas leur faute si tous les autres chefs d’État sont des pleutres qui se couchent devant Obama. C’est la faute des citoyens, nous, d’avoir voté pour eux.

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Georges a dit :

Il y a une grosse erreur: "ne pas privatisé" ne signifie aucunement "interdire l'exploitation".
(c'est évident quand on lit les articles du traité de l'espace souligné dans l'article, mais j'imagine que tu as encore lu "en diagonale")
Du coup, tout les arguments du texte ne permettent pas de justifier ce choix, vu qu'ils sont basés sur quelque chose qui n'est pas vrai.

Ce n'est pas parce qu'une entreprise ne peut pas planter arbitrairement un drapeau sur un caillou en disant "le caillou est à moi, personne d'autre ne peut l'utiliser" que l'exploitation du caillou est interdite.
C'est au contraire l'inverse de ce qui est dit dans le raisonnement de l'article: l'eau n'est pas privatisée: si je veux récolter de l'eau, personne ne peut venir me voir et me dire: ah désolé monsieur, mais c'est mon eau, je l'ai récoltée en 1995, et depuis, plus aucune compagnie autre que moi n'a le droit de l'exploiter.

Le problème de ce genre de raisonnement libéral du "c'est le premier qui arrive qui s'octroie le droit de faire ce qu'il veut" est similaire au brevet: si l'entreprise qui privatise l'astéroïde X décide de ne pas l'exploiter, personne d'autre ne pourra en profiter. Si une entreprise ou un conglomérat s'octroie 90% des astéroïdes, ils peuvent choisir de diffuser les métaux au compte-goutte pour créer une pénurie artificielle et augmenter leur bénéfice.

Finalement, la question des "autres chefs d'État qui sont des pleutres", c'est aussi très simpliste comme opinion. Crois-tu que si demain on élit un président non-pleutre au Ghana, cela veut dire que celui-ci va arriver à empêcher la décision des USA de s'imposer ?
C'est un des paradoxes du libéralisme, qui d'un côté dit que tout le monde a les mêmes chances, mais qui de l'autre dit que si tu es né prêt d'une ressource et a été le plus rapide pour te l'approprier, alors, tu mérites de bénéficier de cet avantage qui ne dépend pas du tout de tes capacités, juste du fait que tu sois né au bon moment au bon endroit.

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Alexandre a dit :

Je suis d'accord avec le contenu de cet article. Ya une différence entre défendre le bien commun et et crier au loup quand on entend "secteur privé".

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Le Hollandais Volant a dit :

@Georges :

Il y a une grosse erreur: "ne pas privatisé" ne signifie aucunement "interdire l'exploitation".

Effectivement : ce n’était pas interdit avant. Du moins, pas pour les entreprises (seulement les États : il résidait en fait un flou, depuis longtemps, concernant le secteur privé : ce flou vient d’être levé).

Ce n’est pas une erreur : je réagis simplement et essaye de clarifier les choses pour ceux qui disent que c’est la fin du monde (ou de l’espace plutôt) à cause de ce traité (suffit de voir les commentaires sur Silex, sur G+ ou ailleurs).

Quel que soit l’exemple du passé, que ce soit le sel (le mot « salaire » vient d’où à ton avis, si ce n’est de la relation entre le sel et l’argent ?), le plomb ou le cuivre dans l’antiquité, ou les épices un peu plus tard, et le charbon puis l’uranium et le pétrole et maintenant les astéroïdes.

Aussi c’est la qualité de vie de la civilisation dans son ensemble qu’il faut regarder : oui, il va y avoir des billionaires (au sens français), mais tout le monde aura son smartphone à réalité virtuelle quantique ou son téléporteur.
Certes, je préfèrerai que l’argent soit un peu mieux réparti dans le monde (un an de budget de l’armée US permettrait de donner à bouffer à tout le monde pendant des années), mais ce n’est pas une raison pour empêcher ceux qui ont eu la bonne idée au bon moment (et sont devenus riche) d’en profiter pour faire quelque chose "pour lui".

C'est au contraire l'inverse de ce qui est dit dans le raisonnement de l'article: l'eau n'est pas privatisée: si je veux récolter de l'eau, personne ne peut venir me voir et me dire: ah désolé monsieur, mais c'est mon eau, je l'ai récoltée en 1995, et depuis, plus aucune compagnie autre que moi n'a le droit de l'exploiter.

Quel article ? Le miens ? Parce qu’au contraire, je dis le contraire : la mer n’est pas privatisable. Mais si je prends 1 L d’eau et que je sépare le sel de l’eau, je peux vendre le sel et vendre l’eau (ou bien jeter le sel si je ne veux que l’eau). C’est plus la séparation des deux produits qui est ici vendue, plus que les éléments (vendre un litre d’eau salée n’a aucun intérêt ni aucun acheteur).

Les astéroïdes c’est pareil : il n’y a pas d’astre entièrement en or (en tout cas c’est très peu probable) : ça reste des rochers à forte teneur en minerai (tout le minerai qui a fondu et coulé au centre de la Terre quand ce dernier s’est formé, mais qui sur les astéroïdes n’a pas eu le temps de couler car pas assez chaud).

si l'entreprise qui privatise l'astéroïde X décide de ne pas l'exploiter

Justement : il n’est pas question de privatiser l’astéroïde X, mais de pouvoir revendre ce qu’on extrait de l’astéroïde. Ce sont les ressources qui sont utilisées, exactement comme avec EDF qui revend de l’Énergie du vent ou du soleil.
Ce qui suit n’a donc pas de sens non plus.

Mais là aussi : si ça t’inquiète pour un rocher situé à 1/2 milliards de kilomètres d’ici, pourquoi laisser faire la même chose sur Terre depuis toujours ? Y compris avec le marché « au compte goute » : ça se fait également sur Terre (ex: les diamants, dont la rareté est totalement artificielle) et ici tout le monde semble s’en contre-foutre totalement.

C’est CE raisonnement que je comprends pas : pourquoi l’espace inaccessible est si important alors que la planète sur laquelle on marche, tout le monde s’en fout.
La même remarque est faite sur le traîté d’entre-aide dans l’espace : tous les astronautes sont tenus de s’aider si un astronaute est en détresse dans l’espace, quelque soit leur nationalité. Pourquoi ce n’est pas le cas sur Terre, un tel système de paix ? C’est là que je vois la folie des humains, au delà de tout ce qui est économie…

Crois-tu que si demain on élit un président non-pleutre au Ghana, cela veut dire que celui-ci va arriver à empêcher la décision des USA de s'imposer ?

Non, mais il peut imposer son propre traité et autoriser ses citoyens à exploiter des astéroïdes.

Les USA ne se sont pas approprié tout l’espace. Au contraire.

Ici on a juste les USA qui disent « devant vous, je déclare que des entreprises américaines pourront exploiter les astéroïdes ». Ils ne disent PAS que les astéroïdes eux-mêmes seront privatisés (au contraire) et il s’approprient pas tous les astéroïdes non plus (au contraire également).
Les USA prennent simplement les choses en main en ce qui les concerne eux-mêmes : ils n’interdisent personne de faire comme eux (après, si les autres pays attendent que les USA prennent tout l’or de l’espace, c’est leur problème, à ces pays).

C'est un des paradoxes du libéralisme, qui d'un côté dit que tout le monde a les mêmes chances, mais qui de l'autre dit que si tu es né prêt d'une ressource et a été le plus rapide pour te l'approprier, alors, tu mérites de bénéficier de cet avantage qui ne dépend pas du tout de tes capacités, juste du fait que tu sois né au bon moment au bon endroit.

C’est exacte.

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Georges a dit :

@Le Hollandais Volant :

Je réagis seulement sur certains éléments qui sont trop gros:

Aussi c’est la qualité de vie de la civilisation dans son ensemble qu’il faut regarder

C'est exactement le même discours que ceux qui défendent les brevets: sans les brevets, les entreprises n'ont pas d'incitant à investir, donc, sans les brevets, les inventions n’apparaîtront jamais et la qualité de vie n'existera pas.
Sauf que c'est factuellement faux. Un exemple évident sont les logiciels libres qui renoncent aux éléments incitants à l'investissement sur leur développement, tandis qu'on remarque l'inverse: certains brevets ont fortement freiné l'innovation en empêchant des acteurs d'appliquer leur idée car ils ne pouvaient pas exploiter certaines méthodes.

Ce raisonnement est stupide mathématiquement.
S'il y a un besoin pour le confort de l'humanité d'exploiter ces minerais, c'est que leur extraction dans les conditions du traité de l'espace est rentable, et donc que ce sera fait.
Si maintenant une entreprise ne se décide à exploiter ces minerais parce que la loi est telle qu'elle va faire un bénéfice plus important, alors, c'est forcément que les acheteurs vont payer plus que dans le cas précédent.
Tu ne peux pas augmenter les profits de l'entreprise tout en augmentant les profits des clients alors que la création de richesse est la même.

C'est juste du gros lavage de crâne, les faits montrent exactement le contraire. L'article pointé donne justement des exemples qui montrent qu'une telle exploitation ne fonctionne pas.

C’est CE raisonnement que je comprends pas : pourquoi l’espace inaccessible est si important alors que la planète sur laquelle on marche, tout le monde s’en fout.

Parce que l'espace était inaccessible alors qu'on faisait des choses stupides avec la planète sur laquelle on marche.
Le traité de l'espace, c'est exactement ça: ce traité a constaté à quel point la colonisation des ressources était injuste (au point que les gens qui exploitent ces ressources peuvent être les derniers à en recevoir les avantages), et a voulu éviter ça.

et ici tout le monde semble s’en contre-foutre totalement.

Est-ce que c'est une blague ? Tu es en train de dire que tu n'as jamais entendu parlé d'aucune initiative pour redistribuer les richesses ? Et des lois anti-trusts ?
C'est au contraire parce que les gens ne s'en foutent pas qu'ils gueulent si fort à propos de ce traité: une fois le mal fait, inverser la tendance est hyper difficile, comme le prouve tout les problèmes liés aux monopoles et oligopoles, et c'est pour cela que c'est une catastrophe: on se bat déjà pour toutes ces injustices, et maintenant, on met en place un système qui va inutilement créer de nouveau les injustices, mais au niveau de l'espace.

tous les astronautes sont tenus de s’aider si un astronaute est en détresse dans l’espace, quelque soit leur nationalité. Pourquoi ce n’est pas le cas sur Terre, un tel système de paix ?

C'est exactement le problème: on a quelque chose de BIEN et INTELLIGENT: le traité sur l'espace, qui apprend des erreurs du passé. Sur Terre, c'est trop tard: les conflits n'étaient pas interdit et dès que les conflits sont apparus, forcément, impossible de les arrêter (car chaque partie se sent injustement lésées et se méfie de l'autre).
Ce que tu dis, c'est que si les USA sortaient une loi "en cas de détresse dans l'espace, les astronautes américains n'ont pas à aider les astronautes pas américains", il ne faudrait pas dénoncer ça car après tout, c'est ce qui est fait sur Terre.

Non, mais il peut imposer son propre traité et autoriser ses citoyens à exploiter des astéroïdes.

Tu connais beaucoup de Ghanéens qui peuvent fonder une entreprise de minage spatiale ? Et s'il y en a, pourquoi diable la fonderaient-ils au Ghana, pays instable, et pas aux USA ?
Donc, oui, sous une apparente "liberté de faire pareil", en pratique, c'est un marché truqué où ceux qui ne sont pas dans la course ne peuvent pas y participer et ne pourront jamais (car comme tu le dis toi-même, une telle exploitation va augmenter les écarts de richesse).
On a des milliers de cas historiques qui montrent que ce genre de concurrence rapportent toujours moins que si elle n'est pas autorisée (cela va des logiciels libres au fait qu'il existe des lois anti-trusts même dans les pays les plus libéraux, en passant par les délocalisation, l'exploitation des ressources, la pollution, et même la neutralité du net).

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Le Hollandais Volant a dit :

@Georges :

Tu ne peux pas augmenter les profits de l'entreprise tout en augmentant les profits des clients alors que la création de richesse est la même.

Tu m’explique l’intérêt pour une personne d’avoir toutes les richesses du monde et laisser les autres sans rien ?

Une entreprise n’a aucun intérêt de vivre entouré de pauvres et qui n’ont pas les moyens d’acheter leur produits. Ça n’a aucun sens.

La richesse ici n’est pas de l’argent, c’est le potentiel à créer à partir d’une ressource.
Si j’ai 3 tonnes d’un matériau X et que personne n’en veut car ça n’a aucune application, mais que je découvre une application révolutionnaire, alors on s’en fout que le nombre de dollars dans l’économie mondiale soit constante : la nouvelle richesse, c’est le matériau X, car elle permet de créer et de vendre.

Parce que l'espace était inaccessible

Il ne l’est plus. C’est un fait.


Le traité de l'espace, c'est exactement ça: ce traité a constaté à quel point la colonisation des ressources était injuste (au point que les gens qui exploitent ces ressources peuvent être les derniers à en recevoir les avantages), et a voulu éviter ça.

Et ça a marché ? Non : les gens continuent de se tirer dessus pour des fossiles.
Et ça ne marchera pas en raisonnant comme tu le fais : vouloir changer le futur et l’espace alors que ce qui est pourri à la base, c’est le présent et c’est sur Terre.

C'est exactement le problème: on a quelque chose de BIEN et INTELLIGENT: le traité sur l'espace, qui apprend des erreurs du passé. Sur Terre, c'est trop tard: les conflits n'étaient pas interdit et dès que les conflits sont apparus, forcément, impossible de les arrêter (car chaque partie se sent injustement lésées et se méfie de l'autre).

Pourquoi c’est impossible de les arrêter ? Ce n’est qu’une question de volonté.La seule raison pour laquelle ce sont des Russes qui transportent des américains en Soyouz vers l’ISS (chose inconcevable en 1980), c’est parce que les tensions politiques sont retombées et qu’on a dépassé la guerre froide. Mais une chose est sûre, c’est que si on ne sait pas arrêter la guerre sur Terre, alors ça ne changera pas dans l’espace. Le jour où tout le monde pourra aller en orbite, on se mettra des sables laser dans le ventre en orbite.

Là où l’espace et les astéroïdes entrent en jeu, c’est qu’on a désormais le besoin (minerai, matériaux, énergie…) ainsi que les moyens (les entreprises qui ont autant que le PIB de certains pays) pour faire avancer la civilisation humaine.
Les USA — et je les comprend, c’est bien ce que tu me reproches — veulent faire bouger les choses en permettant de faire miner les astéroïdes.

Ce n’est certainement pas dans l’intérêt d’un gouvernement de miner un astéroïde : ce n’est pas leur boulot de récupérer de l’or et de créer des applications et des biens de consommation (ou alors on tombe dans un système communiste, mais faut que tu me dise si c’est ça que tu veux, car là je comprendrai).

Tu connais beaucoup de Ghanéens qui peuvent fonder une entreprise de minage spatiale ? Et s'il y en a, pourquoi diable la fonderaient-ils au Ghana, pays instable, et pas aux USA ?

Non, aucun.
Mais je connais d’autres pays, par dizaines, qui devraient (à mon avis) se lancer dans l’espace pour ne pas laisser les américains tout prendre (comme il s’est passé pour le marché de l’Internet, genre en France).

Pour le Ghana et les autres pays pauvres, c’est un tout autre problème.
Je pense qu’on peut très bien avoir une économie basée sur des acteurs privés sans qu’il y ait des gens qui meurent de faims. Ce n’est pas la faute à Bonduelle si le français moyen met chaque année 3 kilo de petits pois dans la poubelle (chiffre au hasard).


ÉDIT : concernant les brevets que tu cites et l’anti-trust, c’est le côté extrême. On peut en effet imaginer une régulation, alors, comme par exemple "un brevet n’est valide qu’un an" ou quelque chose qui ne pénalise personne sur le trop long terme tout en permettant à celui qui le pose de pouvoir avoir un retour sur son invention (ce qui me parait justifié aussi).
Mais je maintiens ce que je pense qu’il est possible d’avoir une économie basée sur des secteurs privés sans abus dans ce genre. Oui, ça risque d’être difficile avec les lobbies et tout le reste, mais ce n’est plus le même problème que de voir le mal partout dès qu’on parle du privé (cf ce que dit @Alexandre).

Et dans tous les cas, ça dépasse ce que je dis dans l’article qui n’est pas là pour pour parler économie mais exploration spatiale.
Ce qu’on dit là est valable et discutable, mais n’est pas spécifique à l’espace. Si on veut que la course à l’espace se fasse bien, il faut commencer par faire que ça se passe bien sur Terre. C’est pour ça : pourquoi s’indigner que maintenant ?
Tu dis que tu es convaincu que c’est impossible de changer tout ça, je pense le contraire. Le monde est fou, oui, mais je n’ai pas perdu tout espoir. J’aime espérer ça ainsi (et j’ai pas à me justifier pour ça).

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mum1989 a dit :
le retour sur l’investissement a été énorme : ils ont rapporté des Amériques tout ce qui est cacao, tomates, pomme de terre.

le retour sur l’investissement a été énorme : ils ont exploités des esclaves, et ont exterminés une grande partie des Amérindiens.


Pour ce qui est de l'espace privatisé, à court terme ça semble une solution facile et simple.
ça permettrait effectivement de récupérer des ressources qu'on manque sur terre.

Cependant, sur le long terme,
il n'est pas impossible que si les entreprises réussissent à exploiter à grande échelle des ressources.
Elles pourraient devenir des sociétés prédatrice tellement énorme économiquement, qu'on ne pourrait plus les arrêter.
Et elles pourraient créer de gros déséquilibres.

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Le Hollandais Volant a dit :

@mum1989 :

le retour sur l’investissement a été énorme : ils ont exploités des esclaves, et ont exterminés une grande partie des Amérindiens.

C’est vrai, je ne le nie pas, mais si c’est tout ce que tu y vois, c’est pas mon problème.
J’ai jamais dit qu’il n’y a pas eu d’abus.

il n'est pas impossible que si les entreprises réussissent à exploiter à grande échelle des ressources.

Avant qu’on n’arrive à récupérer toute l’or de tous les astéroïdes, je pense honnêtement qu’on a du temps (genre quelques centaines de millions d’années : en plus des astéroïdes, il y a quelques millards d’objets au delà de Neptune puis encore le nuage d’oort et ensuite seulement on sort du système solaire). Sans compter qu’après que l’or soit devenu un produit banal, son exploitation cessera, au moins sous la forme d’une "ruée".

Elles pourraient devenir des sociétés prédatrice tellement énorme économiquement, qu'on ne pourrait plus les arrêter. Et elles pourraient créer de gros déséquilibres.

Elles pourront toujours l’être, si les gens savent voter et que les gens pour qui on vote savent refuser un gros chèque (c’est cela, qui n’est pas gagné et qui est problématique).

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mum1989 a dit :
C’est vrai, je ne le nie pas, mais si c’est tout ce que tu y vois, c’est pas mon problème.

En fait je trouvais que cet article était trop idyllique. je voulais émettre certaines réserves.


Avant qu’on n’arrive à récupérer toute l’or de tous les astéroïdes, je pense honnêtement qu’on a du temps

J'espère que tu dis vrai.

On ne sait pas trop ce que nous réserve l'avenir,
il n'est pas exclu qu'une matière peu présente sur terre, puisse se trouver en abondance dans l'espace, et s'extraire facilement.

On a pu voir avec les dernières photos de Pluton que certaines théories ont du été revues.

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Georges a dit :

@Le Hollandais Volant :

Tu m’explique l’intérêt pour une personne d’avoir toutes les richesses du monde et laisser les autres sans rien ?

Qui parle de faire ça ?
Tout ce que j'ai dit c'est:
Exploitation des ressources via le traité de l'espace: une entreprise va récupérer le gisement et le revendre sur Terre à un prix correct en accord avec le traité de l'espace. Bénéfice de l'entreprise: X, coût pour l'acheteur: Y. -> amélioration du confort de l'humanité.
Privatisation de l'espace: la revente ne se fait pas à un prix juste, mais se fait selon le maximum d'intérêt de l'entreprise. L'entreprise n'a pas intérêt à créer des gens pauvres (et encore, si ces gens sont les travailleurs dans les usines à l'autre bout du monde, ou bien les populations qui vivent dans les ghettos et n'ont pas accès aux quartiers où eux vivent, pourquoi se priverait-il), mais n'ont pas d'intérêt à faire un bénéfice de "seulement" X. Du coup, bénéfice de l'entreprise: 1.5X, coût pour l'acheteur: 1.5Y. -> l'amélioration du confort de l'humanité a lieu, mais moins que dans le cas précédent, mais l'entreprise dira quand même: regardez, le confort a progressé, c'est grace à nous et à ce système.

Ce qui est bizarre (en fait, ça ne l'est pas), c'est que pendant ce temps là, tu es très critique envers les gouvernements, alors que le même argument s'applique: pourquoi un politicien aurait-il un intérêt à rendre les citoyens moins libre ? Une entreprise, c'est un gouvernement local, sauf qu'il est par construction non démocratique et sert uniquement les intérêts de ses dirigeants (qui ont, bien sur, également intérêt à ne pas vivre dans un monde de pauvres).
Mais ce n'est pas un hasard: ton idéologie est qu'une entreprise ne peut être que bonne pour l'humanité et qu'un politicien ne peut être que mauvais.

vouloir changer le futur et l’espace alors que ce qui est pourri à la base, c’est le présent et c’est sur Terre.

Donc, ton idée, c'est de faire les mêmes erreurs que "sur Terre", comme ça, on pourra ensuite régler les problèmes créés de la même façon qu'on a réglé les problèmes sur Terre, sauf qu'on ne sait PAS régler les problèmes sur Terre.

Pourquoi c’est impossible de les arrêter ? Ce n’est qu’une question de volonté

Franchement, t'as quel age ? À croire que tu n'as aucune idée de la complexité d'une situation socio-politique.
Ce n'est pas une question de volonté, c'est une question de sociologie de base, d'intérêt et d'idéologie divergente, de rapport de pouvoir, ...
Tu penses réellement être tellement meilleurs que tout les gens, au point d'avoir trouver la solution après 3 secondes de réflexion digne d'une discussion de comptoir ?

Mais ça ne change pas le problème: EST-CE QUE LES GUERRES S'ARRÊTENT AUJOURD'HUI ? Réponse: NON. Conclusion: ON N'A DONC PAS TROUVÉ DE SOLUTIONS SIMPLES. ce qui est simplement ce que je disais: on ne trouve pas de solutions à une situation problèmatique, donc, il faut éviter à tout prix de reproduire cette situation problématique ailleurs inutilement.

se lancer dans l’espace pour ne pas laisser les américains tout prendre

Tu te rends compte que tu prônes une logique de conflit ? Que si je me lance dans l'espace avec 1 mois de retard par rapport à Robert, et que Robert arrive avant moi, j'ai TOUT PERDU.
Pourquoi est-ce que je ferais un pari aussi risqué.
Ce n'est pas un hasard si ce sont les USA qui font ça: car ils savent qu'ils ont leur chance, et ils savent donc que ceux qui savent qu'ils n'ont pas leur chance se retireront de la course.
Et ne vient pas me dire qu'il faut tenter sa chance même si on a peu de chance de réussir, car c'est une décision criminelle de choisir de risquer si fortement l'argent de la communauté.

Mais je maintiens ce que je pense qu’il est possible d’avoir une économie basée sur des secteurs privés sans abus dans ce genre.

Oui, tu penses ça. Sauf que tu penses ça sans ne RIEN y connaitre, juste en écoutant le discours de ceux qui ont intérêt à ce que tu penses ça. Pendant ce temps-là, ceux qui ont étudié ça te disent que c'est une connerie.

Si on veut que la course à l’espace se fasse bien, il faut commencer par faire que ça se passe bien sur Terre. C’est pour ça : pourquoi s’indigner que maintenant ?

De nouveau, c'est justement parce qu'on s'indigne de ce qui se passe sur Terre qu'il faut éviter de faire les mêmes erreurs dans l'espace.
Cette idée que les gens qui s'indignent de ce qui se passe dans l'espace alors qu'ils s'en foutent de ce qui se passent sur Terre et qu'ils ne font rien pour changer ça, c'est n'importe quoi. C'est même pas un argument tant c'est loin de la réalité.

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Le Hollandais Volant a dit :

@Georges :

Donc, ton idée [...] .

Non, je relève l'incohérence du raisonnement de ce que je lis. J'ai pas parlé d'idées.

Pour le reste on n'est pas d'accord, mais ok.

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Georges a dit :

@Le Hollandais Volant :
Dans ce cas, remplace "ton idée" par "un comportement cohérent selon toi".

Cela donne:
Donc, un comportement cohérent selon toi, c'est de faire les mêmes erreurs que "sur Terre", comme ça, on pourra ensuite régler les problèmes créés de la même façon qu'on a réglé les problèmes sur Terre, sauf qu'on ne sait PAS régler les problèmes sur Terre.

Il ne suffit pas de dire "je n'ai pas parlé d'idées" pour que ce ne soit pas le cas ou que l'usage de ce mot soit interdit.

Pour le reste, on est évidemment pas d'accord, mais puisque je suis le seul à avoir des conclusions cohérentes avec les faits, si tu étais un scientifique et pas un religieux, tu choisirais de rallier l'avis qui correspond le mieux aux observations plutôt que de parier sur une croyance qui te rassure.
Après, oui, on peut être en désaccord, mais assume et ne va pas prétendre que tu as un esprit scientifique et pas religieux: avoir un esprit scientifique, c'est changer d'avis lorsqu'on voit une théorie qui explique bien mieux les observations.

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Le Hollandais Volant a dit :

Sinon ouais, tu as raison : interdisons l’exploration par l’entreprise privée et laissons les particuliers (ou les États, c’est pareil visiblement) le faire.

Ah mince : j’ai pas assez d’argent.
Et toi, à moins de t’appeler Bill Gates, tu n’as pas assez non plus.
Bah pas grave, faisons une association et mettons les ressources en commun. Cool, maintenant on a assez d’argent. Hop, j’ai trouvé tout l’or de l’espace. Maintenant, vu qu’on a fait tout le travail, pourquoi je partagerai avec ceux qui n’ont rien fait ?


On se retrouve dans la même situation que si c’était une entreprise privée qui avait fait tout le boulot : certains ont de l’or, d’autres non.

Merde, donc les entreprises privées ne sont pas le problème, mais ce sont les humains.

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Anon a dit :

En même temps la comète, si tu la récupère pas quand elle passe, elle repassera pas de sitôt ...
Je sais pas si les arguments qui marchent pour les ressources terrestres sont valables pour l'espace.

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Yoha a dit :

Au risque de paraître comme un ado-qui-vient-de-découvrir-la-théorie-des-jeux, je trouve que considérer les choses sous l'angle de la théorie des jeux permet de gagner du recul et d'éviter les justifications éthiques bancales.

Le problème que cherchent à résoudre les traités comme ceux de l'espace ou de non-prolifération des armes nucléaires peuvent très facilement être décrit comme les deux agents coopérants dans le dilemme des prisonniers. USA et URSS ont chacun pour intérêt individuel de développer l'arsenal le plus large, ou bien de réserver les nouveaux territoires le plus vite possible. Seulement, cela coûte cher, et si l'autre fait pareil, il n'y a aucun gain. La solution, c'est donc de coopérer, en mettant des gardes-fous pour s'assurer que l'autre ne profite pas de la situation (espionnage militaire).

Notez que cela considère USA et URSS comme deux agents. Cela ne concerne pas les entreprises elles-mêmes, qui n'ont pas d'intérêt particulier à réserver des territoires énormes à l'avance (càd une entreprise a des intérêts économiques, pas stratégiques). Bien entendu, il y a d'autres situations où le problème va apparaître, comme l'occupation des bandes de fréquences électromagnétiques, la pollution de l'environnement, l'exploitation des ressources. C'est la tragédie des biens communs. Dans ce contexte, le gouvernement (USA, URSS, etc) n'est plus un agent, mais un système où les agents (entreprises) peuvent coopérer (lois, régulations, etc). Cela s'appliquer évidemment aux individus aussi.

Notez que l'on n'a pas encore besoin de considérations éthiques comme « égalité d'opportunité », « mérite », etc. C'est simplement une constatation que, si chacun agit dans son propre intérêt, on arrive à des situations inefficaces. Scott Alexander (aka Yvain sur Less Wrong) décrit ce processus sous le nom de Moloch. La moralité, les religions, et les gouvernements peuvent être vus comme des dispositifs mis en place pour combattre Moloch.

Évidemment, les lois ne régulent qu'une partie des comportements possibles. Dans ce contexte, le capitalisme est un système très intéressant, puisqu'il permet d'aligner de nombreux intérêts. Notez que le contexte est important, puisqu'il définit ce que va faire le capitalisme : l'efficience des marchés repose sur certaines régulations, et les résultats dépendent d'autres régulations (conditions de travail, d'exploitation des ressources, de pollution, etc). En d'autres termes, ce n'est qu'un outil qui donne un résultat dépendant des incitations données. La dérégulation n'est pas une condition nécessaire, mais plutôt un effet secondaire des intérêts de quelques individus.

***

Remarque : le principe fondamental de l'économie et qu'une transaction est censée se faire au profit des deux parties, le prix définissant simplement la répartition du gain en utilité ; pour le coup, c'est une idée que j'ai réellement découverte sur Less Wrong. La loi de l'offre et de la demande, c'est simplement la meilleure répartition (le meilleur prix) pour bénéficier au mieux à l'acheteur et au vendeur. Cela permet de simplifier pas mal les choses : les entreprises ont le « droit » de profiter pleinement de leur production, puisque elle ne trouvera des clients que si eux aussi gagnent lors de la transaction. Bien sûr, tout cela repose sur des régulations, dont l'interdiction de monopole.

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PS : Plus le temps passe, plus je trouve Markdown supérieur à toutes ses alternatives.

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