piracy-cd-computer.jpg On ne compte plus :
  • les traités / lois censés contrôler l’internet (HADOPI, ACTA…)
  • les demandes de lois pour protéger un soi-disant droit d’auteur et interdire le P2P et les sites de partage
  • les demandes des gouvernements pour censurer / contrôler l’internet pour la soi-disant sécurité nationale (l’excuse du terrorisme)

Tout ceci est voué à l’échec avec les modèles judiciaires, politiques et économiques actuels. Ça ne peut pas marcher, et voici quelques raisons.

C’est contre la nature même du net

L’internet est un réseau dont le but, l’origine et l’usage sont justement le partage des informations et des fichiers. L’internet sert à ça et c’est ce qu’il fait le mieux. Vous pouvez toujours tenter d’interdire un logiciel de partage/publication au terme d’une procédure de plusieurs années, entre temps ce seront des dizaines de nouveaux logiciels qui auront vu le jour.
Il est impossible et impensable de rendre des données informatiques non copiables et donc non partageables.
Et cette idée date de bien avant l’ère informatique : l’anecdote dit que l’Église refusait de partager la partition de Miserere d'Allegri. Quand Mozart écouta ce chant, il l’a plus tard retranscrite de mémoire après une seule écoute. Ce qui se fait actuellement avec les DRM, les brevets, la censure et la condamnation du partage c’est comme l’Église d’il y a plusieurs siècles, et j’ai envie de dire qu’empêcher les informations de circuler aujourd’hui sur internet c’est non seulement contre la nature du réseau, mais aussi contre la nature humaine.

Le net est mondial, sans frontières

Actuellement, les lois qui punissent — à raison — le plagiat ou l’enfreinte du droit d’auteur sont des lois nationales. Par exemple, la HADOPI n’a une certaine autorité qu’en France. Si je suis à l’étranger et que je télécharge un fichier français, la HADOPI ne peut rien faire. Je resterais toujours dans l’illégalité, bien sûr, mais il y a quand même un vide juridique.
On pourrait faire un truc comme avec les voitures : punir en suivant la loi de la zone où a été commis le « crime », mais bon voilà : le téléchargement n’est pas illégal. C’est le partage d’un fichier qui l’est, or l’internet permet à une personne de télécharger un fichier situé ailleurs. Là aussi, on se retrouve dans le même vide juridique que tout à l’heure.

On ne peut donc pas appliquer les lois d’un pays sur un endroit virtuel qui n’a aucune frontière et qui n’a pas de nationalité…

Un autre problème technique, en dehors du « lieu du crime », c’est le « coupable ». Comment identifier l’auteur du partage d’un fichier ? Par son IP ? C’est ce que fait la Hadopi, mais l’IP n’est pas considéré (ou considérable) comme une preuve ni comme un identifiant sûr. Il est très facile de changer son IP en passant par un simple proxy ou un réseau VPN (situé à l’étranger, tant qu’à faire).

Une impossibilité technique

Tant qu’une offre légale crédible pour télécharger des chansons et des films n’existera pas (comme en ce moment), les internautes s’organiseront et les hackers créeront des moyens de partager des fichiers facilement (car c’est bien la simplicité que nous recherchons, pas la gratuité). Le P2P est censuré ? Par grave, utilisons le téléchargement direct ! Un site de téléchargement est fermé par le FBI ? Pas grave, il y en a des dizaines, des centaines d’autres. Et s’ils ferment tous, on utilisera des moteurs de recherche de serveurs FTP. Ou on utilisera le partage chiffré par email, le partage chiffré via des proxys chiffrés…
L’internet et ses cyber-citoyens auront toujours un moyen de partager des données. Je ne me fais aucun souci pour ça. Et les gouvernements fascistes seront toujours en retard, autant techniquement que légalement.
Et par dessus le marché, ce ne sont pas des politiciens qui n’ont jamais touché à un ordinateur qui vont expliquer comment réguler le réseau des réseaux.

image de Jorge Franganillo

12 commentaires

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robic a dit :

Les offres légales existent, faut mieux se renseigner : il y en a pour les jeux, la musique, la vidéo... Suffit de chercher sur un moteur de recherche.

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Julien et Nel a dit :

Quand je jouais à starcraft, il y a une époque. Il était courant de voir les joueurs se passer des musiques dans les maps, ainsi que d'autres fichiers. Par la suite, il utilisé l'éditeur du jeu pour exporté le contenu.

C'est assez redoutable comme technique ...

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ZK456 a dit :

Autant je suis d'accord avec le constat de la, autant je suis assez partagé sur la conclusion. Certes Internet a été conçu pour être résilient, seulement il n'y a pas que les enjeux techniques qui pèsent dans la balance. Je me dis qu'à force de jouer au jeu du chat et de la souris avec le législateur, un de ces jours il va bien finir par taper là où ça fait mal, et où on ne pourra pas faire grand chose: le coeur de réseau, les tuyaux, bref les FAI. Ah, en fait, il a déjà commencé.

Et à la vitesse où ça va, on (enfin en tout cas les particuliers) pourrait se retrouver avec des connexions limitées aux ports 80 et 443 (et le reste proxifié chez le FAI), avec impossibilité de s'héberger soi-même (Numéricable l'interdit déjà dans ses CGU), ce qui sans être incontournable, suffira à bloquer pas mal de monde. Ajouter une petite touche de DPI, quelques certificats root bien placés, et ça calmera pas mal de récalcitrants.

Vu que ça implique un écran et un clavier, il suffit de quelques arguments bien sentis (dans la veine de "si vous avez quelque chose à cacher c'est louche") et 90% de la population n'aura pas le recul pour évaluer la gravité du problème...

Je ne remet pas en cause la pertinence de disposer d'outils techniques pour contourner les régulations idiotes/la censure. Ce que je veux dire, c'est que d'une part, je crois qu'il est possible techniquement, et en frappant là où ça fait mal, de bloquer 99% des utilisateurs dans les usages "illégaux", même si les libertés fondamentales en prendraient un sacré coup.

Et d'autre part, je crois surtout que l'aspect technique n'est qu'une des composantes de problème. L'autre composante, c'est justement le fait que 90% (à la louche hein) n'ont pas conscience que l'informatique ne fait, le plus souvent, que reproduire des actions qu'on fait dans la vie de tous les jours. Simplement, elle le fait de manière plus efficace.

Quand un Laurent Joffrin nous explique tout naturellement qu'on devrait fliquer les e-mails parce que ça contribue à répandre des rumeurs parfois fausses, ça devrait faire tilt: est-ce qu'on demanderait à La Poste de vérifier tous les courriers qui transitent dans ses centres de tri sous le prétexte que tous les jours, le mensonge industriel et institutionnalisé qu'on appelle pudiquement la publicité, qui me promet d'être mince sans faire d'effort, ou d'être riche sans travailler, s'invite dans ma boîte aux lettres?

Ca n'est ni plus ni moins que la version numérique des cabinets noirs, ce qui, en termes de régression nous ramène quand même au XVIIe siècle...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cabinet_noir

Bref, je pense qu'on peut jouer longtemps à ce petit jeu, mais je crois sincèrement qu'en n'ayant que la carte de la technique en main, ceux qui croient en les valeurs fondamentales d'un réseau ouvert, libre et a-centré ne sont pas certains de gagner. La démocratisation d'Internet s'est faite en moins d'une génération, ce qui au regard de l'Histoire est une durée ridicule si on la compare au temps qu'il a fallu pour mesurer, par exemple, l'impact du téléphone sur nos habitudes de vie.

Sensibiliser les masses aux enjeux sociétaux liés au numérique est une autre carte qu'il faut jouer, sous peine de maintenir la majorité dans l'ignorance et l'indifférence face au piétinement de nos libertés individuelles. Reste à savoir comment...

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Seek a dit :

Je ne serai pas aussi optimiste.

Est-ce que ce n'est pas aussi dans la nature du monde de ne pas avoir de frontière ? Ce n'est pas pour cela que l'on a pas réussi à le fractionner et à créer tout un merdier juridique totalement ridicule si l'on considère un peu mieux la nature de la réalité.

J'ai l'impression que l'on est en train de voir se dérouler sous nos yeux ce qui à mon avis se passe depuis des siècles : une masse de gens qui ne demande pas beaucoup plus que de vivre tranquilles, et une poignée d'enculés qui en veulent toujours plus et qui finissent par créer un système féodal avec un troupeau de serfs à qui ils imposent leurs intérêts en leur matraquant sans cesse les mêmes idioties.

Un système neutre à la base donc, mais flingué par l'égo de quelques-uns et divisant tout le monde en trois : les oligarches, les serfs et les résistants.

Et du fait que nous sommes tous connectés grâce à Internet, nous pouvons observer ce phénomène en temps réel.

Bon j'avoue c'est très caricaturé, et la "dématérialisation" d'internet rend sûrement plus simple le fait de contourner la "loi féodale".

Dans 10 ans, oui les geeks auront pû passer à travers toutes ces conneries. Mais les autres ? Il n'y a qu'à voir comment le quidam normal utilise son pc : c'est à peine s'il y voit un plus grand potentiel qu'avec sa télé.

Le problème est toujours le même : l'ignorance. Tous le monde n'a pas forcément l'envie, ni le temps, ni les capacités, de s'intéresser à l'informatique et aux enjeux politiques qui en découlent.

Et internet n'est pas le seul domaine où l'on se fait mettre de cette façon, le savoir que l'on engrange à son propos, c'est de la connaissance en moins dans un autre où l'on s'est fait, se fait, ou se fera baiser.

(Oui, vous pouvez me traiter de gros con pessimiste, je vous souhaite de tout mon coeur d'avoir raison)

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Le Hollandais Volant a dit :

Donc il faut sensibiliser le monde, on est d’accord !
Et ça, ça va en s’arrangeant petit à petit. J’espère juste qu’il ne sera pas trop tard quand ça sera réussi.

Comme tu dis, @Seek, les geeks s’en sortiront, et c’est sur ceux-là que repose l’avenir d’une certaine forme de liberté dans le monde. Pour le moment on ne s’en sort pas si mal : entre les manifestions anti-SOPA, ACTA et tout, on a plutôt réussi. Il faut juste tenir tête à ces vieux anti-progrès qui nous "gouvernent", avant qu’ils soient remplacés par des gens plutôt pro-libertés…

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sil a dit :

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cet article. D'un point de vue moral, il n'existe à mon sens rien qui ne puisse justifier la copie d’œuvres crées par autrui sans son autorisation et sans le rémunérer s'il le souhaite.

Par contre, le lobbying des majors de la culture nuit gravement à la démocratie. En France, le téléchargement illégal est plus sévèrement réprimé que le harcèlement sexuel sur mineur. Il est inadmissible que les lois concernant le droit d'auteur et internet échappent au contrôle des citoyens.

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romario a dit :

des commentaires intéressants (ZK456 et Seek)
maintenant on peut espérer, comme le suggère Timo, que la jeune génération (ceux qui ont grandi avec internet et pour qui le partage et l'échange d'informations est naturel et une évidence) remplace la génération des vieux schnocks qui ne comprennent pas le fonctionnement d'internet et en ont peur plus qu'autre chose. Reste à "résister" suffisamment longtemps...

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Baronsed a dit :

@ZK456 et @Seek : tout à fait d'accord.
C'est un peu ça le problème avec certains articles qu'on voit apparaître parfois : ils sont "trop" optimistes. Oui, les citoyens ont les outils techniques pour résister à la censure. Encore faut-il qu'ils soient au courant... et qu'il y ait des citoyens.

Croire qu'il est impossible de ruiner internet, c'est oublier que les opérateurs ont la main sur sa partie physique.

J'ajoute que je me méfie grandement d'une offre globale. Vous avez vu ce qu'on donné steam, itunes ? Contenu censuré, vendu au prix fort... Avez-vous le droit de lire de la littérature érotique ? Tsk tsk, c'est apple qui en décide ! Problème similaire, même leçon : méfiez-vous des systèmes centralisés.

Il y a là un risque d'importance. Une fois mis en place, ce sera l'argument ultime pour démolir toutes les offres alternatives. Ce qui se fera automatiquement lorsque tout le monde ne se tournera que vers cette offre officielle.

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Ornux a dit :

Pour citer Maitre Eolas :


Le vide juridique est un cliché journalistique servant à masquer leur ignorance. Le droit, comme la nature, a horreur du vide. Le vide juridique n'existe pas.


Ça s'appelle la liberté.

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Le Hollandais Volant a dit :

@Baronsed : il est possible de devenir son propre FAI, c’est un brin compliqué, mais pas impossible. Certes, on reste tout à fait responsable de ce qu’on fait de notre connexion, mais à mon avis il est possible d’être libre.

Et des pays qui respectent le net, ça existe (un peu l’équivalent des paradis fiscaux). L’Islande (encore) a inscrit la neutralité du net dans sa constitution par exemple, ainsi que la promesse qu’ils ne censureront jamais le réseau. Mais bien-sûr ça ne veut pas dire que tout y est permis non plus.


Il y a là un risque d'importance. Une fois mis en place, ce sera l'argument ultime pour démolir toutes les offres alternatives. Ce qui se fera automatiquement lorsque tout le monde ne se tournera que vers cette offre officielle.



Le logiciel libre, ainsi que les services du cloud libre prennent tous leurs intérêt ici : si c’est libre, on est en mesure de s’assurer que ce ne sera pas censuré ni rien. Libre vient aussi de Libertés…

@Ornux : jolie citation, mais donc télécharger une œuvre située dans un autre pays est une liberté ? Une liberté qui nuit à autrui quand même ?
Je pense que les lois sont là pour deux choses : mettre des frontières à notre liberté ET mettre ces frontières le plus loin possible, de façon à en avoir le plus possible.

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ZK456 a dit :

@Le Hollandais Volant : Oui, devenir son FAI (et j'y ai pensé à un moment) c'est possible, seulement il faut pouvoir passer des accords de peering, et là déjà les 4 gros (Bouygues, Orange, SFR et Free) vont t'envoyer chier, pas assez de sous à gratter. Reste des réseaux style Nérim (mais plus professionnel) ou alors se brancher sur un datacenter, mais faut arriver à négocier le truc.

En plus de ça, faire un FAI associatif nécessite une base de gens investis qui comprend les enjeux techniques et qui est capable d'accepter des débits potentiellement plus faibles pour un coût plus élevé, et avec des garanties de disponibilité bien moindres que chez les gros FAI, puisqu'en cas de panne c'est un bénévole de l'asso (souvent toujours le même d'ailleurs) qui doit gérer. Sans compter la paperasse administrative, et tout ce qui va de pair avec la gestion d'une association. Et quid de l'assoc si le gérant déménage?

Après, par contre c'est sûr qu'une fois la structure créée, tu as vraiment la main sur la partie technique, et tu risques pas d'être emmerdé par une quelconque autorité ^^

A titre perso, si jamais la vis devait se resserrer, j'opterais plutôt pour une solution intermédiaire, probablement un serveur perso en Islande (ça tombe bien que tu en parles), qui ferait office de VPN/Proxy/Tunnel SSH, enfin bref, un point d'entrée vers du vrai Internet. Le problème, c'est qu'il y a peu d'hébergeurs qui peuvent bosser en anglais, et que le coût d'hébergement, même pour un VPS, n'est quand même pas neutre. Le seul que je connaisse et qui a un support en anglais c'est 1984hosting: http://1984hosting.com/

Bref, tout ça pour dire que si 100% des gens peuvent faire partie des 1% véritablement libres, 99% n'a envie de s'engager sur cette voie parce qu'il faut un investissement en temps et/ou en argent assez conséquent, pour un bénéfice qui peut sembler abstrait.

En attendant, pour les courageux, un excellent dossier sur comment devenir son propre FAI disponible ici:
http://blog.spyou.org/wordpress-mu/?s=%22comment+devenir+son+propre+fai%22

Sinon, à part ça, sur ta réponse à Baronsed, tu écris que:


Le logiciel libre, ainsi que les services du cloud libre prennent tous leurs intérêt ici : si c’est libre, on est en mesure de s’assurer que ce ne sera pas censuré ni rien. Libre vient aussi de Libertés…



Ca me fait penser que Ploum a écrit un article y a pas longtemps sur le sujet que tu peux retrouver ici:
http://ploum.net/post/opportunites-manquees-du-libre-satisfaction

Je dois dire, certes à contre-coeur, que partage son point de vue. Les plus fervents libristes tirent une satisfaction d'utiliser des outils libres parce qu'ils sont libres. Le reste du monde,lui, s'en fout complètement, ce qu'il veut c'est des logiciels simples, intuitifs, et qui font le boulot. Le reste du monde n'a pas idée de l'emprise qu'un Google, Apple ou Microsoft a sur nos données personnelles...

Les softs libres comme Firefox ou VLC ne se sont pas démocratisés simplement parce qu'ils étaient libres. Ils se sont implantés parce qu'ils apportent de la valeur ajoutée:
- Gestion de la navigation par onglets + les extensions pour FF à une époque où IE6 était ergonomiquement une merde sans nom.
- Décodage simple et efficace de la majorité des formats vidéos sans avoir a installer des codecs-packs pourris par la pub et les toolbar pour VLC.

Si Gimp, LibreOffice, Linux (hors Android, et hors Ubuntu, et encore que pour ce dernier tout est relatif...) et j'en passe, ne percent pas, c'est à cause des habitudes et de marketing, certes, mais aussi -et surtout?- parce qu'ils tentent vainement de reproduire en version libre ce qui se fait chez la concurrence, plutôt que de se démarquer, par des fonctionnalités innovantes ou bien par une ergonomie améliorée.

Si on veut que le libre prenne de l'importance dans ses usages ou dans la perception qu'on en a, alors je crois qu'il faut joindre l'utile à l'agréable. On ne peut pas raisonnablement inciter les masses à utiliser des outils si ceux-ci ne sont pas suffisamment attractifs (i.e. simples, efficaces, et ergonomiques), et en la matière, je pense qu'il y a un gros travail à faire...

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